Ma première | expérience en tant que prof de français remplaçante

professeur de français vacataireJe prépare actuellement mon doctorat dans la recherche littéraire, je ne me consacre pas à l’enseignement dans le secondaire, je ne pratique aucune religion et pourtant en février j’ai remplacé une enseignante dans un collège privé catholique.

En effet, il est rare et compliqué d’accéder à une bourse dans les sciences humaines et je n’ai aucune source de revenus, enchaînant les stages par-ci par-là et les jobs de bénévole pour me tenir active et occupée pendant la rédaction de ma thèse.

J’ai eu l’opportunité en naviguant sur Pôle Emploi d’enfin (!) tomber sur une annonce qui recherche mes compétences en français : un poste d’enseignant.

Et pourquoi pas ?

Mais, je ne te le cache pas, c’est un tantinet intimidant de se retrouver plongé dans l’enseignement sans préparation, sans savoir si les élèves seront de charmants petits anges ou d’horribles diablotins, sans savoir si le stress va nous paralyser.

enfant

Et oui, tu te reconnaîtras

L’établissement est bien situé, la période de remplacement courte, je veux tenter mais problème, un candidat est déjà sur la touche ! Ni une ni deux, je me pointe au bahut le lendemain, diplômes et cv en main.  Une heure plus tard, me voici future enseignante, début des cours : dans six jours.

Heureusement, deux jours avant le moment fatidique, je rencontre l’enseignante titulaire qui me remet la préparation de toute la séquence à venir, la liste des élèves, me brief sur la plupart d’entre-eux, me présente les locaux et les collègues, bref le rêve.

Néanmoins, impossible de fermer l’œil avant la rentrée, l’angoisse me ronge. Comment vais-je être devant trente enfants ? Car je connais bien les cours à domicile et l’enseignement privé, mais en comité très très réduit.

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Je n’avais personne à qui me tenir, mais tu vois le principe

J’arrive à 8h20 devant la salle de cours -après un petit café en salle des profs-, une ribambelle de bouilles curieuses me scrutent en criant : « Bonjour Madame ! » et, honnêtement, ça m’apaise un peu. Ils ont une habitude bien rodée, je remercie le ciel qu’on ne soit pas à la rentrée scolaire car mes souvenirs du collège sont un peu flous.

Je fais l’appel, mes mains tremblent un peu, et puis, en les voyant se tenir tranquille et répondre un par un, je me détends complètement et je me mets en mode « exposé de cours ». Je navigue entre les tables, réponds aux questions avec brio, calme quelques remarques insolentes, une vraie réussite !

J’enchaîne avec le cours suivant, tout se passe bien. Je retourne à la salle des profs, on s’enquiert de ma première expérience et on rigole de mes craintes, la première expérience fait cet effet à tout les enseignants paraît-il, je ne risque pas de l’oublier !

Sereine, les jours s’enchaînent et chaque cours est un succès. Pourtant, un soucis m’inquiète : je n’arrive tout simplement pas à mettre de mots disciplinaires dans le carnet de liaison des perturbateurs. Je cherche toujours des excuses et je repousse l’échéance.

« Je l’ai rappelé(e) à l’ordre 6 fois, puis la fin du cours a sonné, je serai plus attentive la prochaine fois. »

« Ils étaient plusieurs à parler et à se retourner, je ne savais pas lequel punir. »

« J’ai préféré lui expliquer calmement le problème pour éviter la punition, je suis certaine qu’il/elle m’a écouté. »

Mais non, rien n’y fait : je suis trop gentille, la jeune prof sympa qui crie mais n’agit pas.

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hééééé

J’en parle aux collègues, on me convainc que s’il y a des complications avec certains comportements ces mots permettent de justifier auprès des parents et de l’administration du caractère récurrent du problème. Je décide alors d’y aller franco, tolérance réduite. Je vous le dis de suite : ce fut l’hécatombe. J’ai dégainé le stylo comme personne, les mots se sont enchaînés, je suis restée sourde aux suppliques.

Et j’ai bien fait. Mes cordes vocales se sont reconstituées, les élèves se sont calmés, et personne n’a crié à l’injustice car j’ai toujours pris les fautifs en flagrant délit. Mieux, ma réputation de prof sympa est restée intacte (enfin… je crois). Mais la fatigue, elle, ne m’a pas quittée.

nainJ’étais exténuée. Du genre sieste l’après-midi, sieste en fin de soirée, gros dodo le soir, zombie le week-end. Moralité : aucune avancée de la thèse. Je ne pensais pas qu’être enseignant était aussi fatiguant ; s’occuper de 120 élèves 18h par semaine, rester attentif aux moindre faits et gestes, se creuser la tête pour toujours choisir ses mots et ses exemples, orchestrer la classe de main de maître est absolument et parfaitement crevant.

Il faut tout de même noter que l’ambiance entre collègues et personnels de l’établissement était excellente. Et puis j’avais pas mal d’histoires à raconter le soir à mon compagnon : les enfants regorgent d’imagination pour éviter de travailler ou de faire signer certains mots peu élogieux, de même dans la rédaction d’écrits d’invention (ah, merveilleux souvenirs).

Le dernier jour, je n’avais qu’une hâte : que ça se finisse. Et pourtant aujourd’hui ces petits monstres me manquent et il était bien agréable d’entendre comme derniers mots : « Madame, vous revenez bientôt ? On vous aura l’année prochaine ? Vous restez ici, hein ? »

En bref, j’ai hâte d’y retourner, mais en temps partiel cette fois !

Et toi ? Ta première expérience de prof ?


Pour être professeur dans un établissement catholique en Loire-Atlantique il faut :

  • s’inscrire au EC44 pour disposer d’un pré accord collégial pendant ou après ton premier remplacement
  • être titulaire à minima d’une licence
  • savoir que la paye est à peine plus élevée que le SMIC et le salaire est versé au bout d’un délai de trois mois (merci l’Etat !)

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